L'Automne par Christian Laborde (un peu de poésie)

 

 

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Le 06 Oct. 2016          

 

 

L’automne est une saison bien élevée : elle laisse toujours l’été finir son show avant de monter à son tour sur scène. Et l’on passe sans heurt des reines-claudes à la reine des reinettes.


Automne. L’été se retire en saluant, le ciel est toujours aussi bleu, seul le soleil marque le coup. Moins triomphant, moins claironnant, il met du temps à effacer la fraicheur que la nuit nous laisse. Automne : les matins sont frais comme des joues d’enfant.

L’automne est une saison délicate : elle ne nous demande pas de renoncer sur le champ à nos habitudes estivales. Il est encore possible, en automne, quand le soleil fait des heures sup,  de boire du rosé et de manger dehors. Et ce rosé que l’on déguste a dans nos bouches quelque chose de ce délicieux  « Tchiki boum » que fredonne Muriel Moreno, la chanteuse du groupe Niagara.


Automne. La lune est là, l’herbe du jardin est enfin humide, et le crapaud qui se planquait sous un énorme caillou peut enfin sortir, se dégourdir les pattes, bondir sous les feuilles basses des rosiers. Le crapaud ! Belle lurette qu’on lui casse du sucre sur le dos, à celui-là.  Il n’a droit, ici-bas, qu’à des coups de bâton, de talon. Qu’il traverse une route forestière, et les prognathes roues  du 4×4 arrogant l’écrasent aussitôt. Poor lonesome crapaud ! Les enfants le torturent, les adultes l’écrabouillent, seuls les poètes l’aiment, surtout Tristan Corbière :


Un chant dans une nuit sans air…
La lune plaque en métal clair
Les découpures du vert sombre.

…Un chant ; comme un écho, tout vif
Enterré, là, sous le massif…
-Ça se tait : Viens, c’est là, dans l’ombre…

-Un crapaud ! – Pourquoi cette peur,
Près de moi, ton soldat fidèle !
Vois-le, poète tondu, sans aile,
Rossignol de la boue…-Horreur !-

…Il a chanté.-Horreur !!-Horreur pourquoi ?
Vois-tu pas son œil de lumière…
Non : il s’en va, froid, sous sa pierre.
…………………………………..……………………….
Bonsoir- ce crapaud-là c’est moi.

Automne. L’aube met les voiles, voiles de brume, souk d’étoles, flou kéfié. L’aube d’automne est une molle moukère,  et la brume dont elle se pare change sans cesse de volume, de densité, tantôt tulle têtu, tantôt mouvante mousseline.

L’automne a son intrus : la rentrée. Les donneurs d’ordre, les sous-chefs arrogants, les managers hystériques, les péteux tyrans patronaux font entendre leur voix,  aboyant leurs « plus vite, plus vite », nous arrachant à l’automne, à la rêverie, bref, à nous-mêmes. Moi Président, j’interdirai la rentrée. Moi Président, je jetterai en prison les assassins de l’automne. Moi Président, je donnerai le droit de vote aux crapauds.


Automne, automne, je  dis oh ! à tous tes tons.

Christian Laborde

 



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